Dossiers Thématiques

L’académie du bien vieillir vous a proposé pendant la semaine du 10 au 14 avril 2017 une thématique sur les 5 sens. Retrouvez le book numérique dès aujourd'hui!

Acte 2 - Le cercle vertueux

Auteur : hervé.petit
Publié le : 22/12/2016

La suite

Au début, ce fut difficile.

Samu, col du fémur, hôpital, retour de sa fille en urgence. Mais enfin maman à quoi tu pensais ? Culpabilité, angoisses, et surtout sensation d’être vieille, vieille, vieille et impotente.

Et la voilà de retour chez elle. Elle n’ose pas se l’admettre, il n’en demeure qu’elle est heureuse d’avoir de nouveau sa fille à proximité. Oh, pas pour longtemps, juste pour quelques jours. Agnès dort dans le salon, le temps que les choses soient plus calmes. La journée, elle prend conseil auprès du CLIC. Marie ignore qui est ce « CLIC » mystérieux vers qui l’assistante sociale de l’hôpital a dirigé sa fille, puis elle comprend que c’est une sorte d’organisme spécialisé dans les gens comme elle : les personnes âgées qui veulent rester chez elles. Agnès prend les choses en main et ce n’est pas facile pour Marie. Voilà que sa fille lui parle de portage de repas, de téléassistance, d’auxiliaires de vie sociale, de choses auxquelles elle n’entend rien mais qui ne lui disent rien de bon. Ça sent très fort la maison de retraite tout ça. Ou les gens inconnus qui veulent avoir la clé de son domicile ou lui faire payer pour des services dont elle n’a pas besoin. Cela sent surtout Agnès qui repart en Vendée, mais Marie n’ose pas lui dire. Aussi freine-t-elle des deux pieds mais sa fille tient bon.

La téléassistance, elle la voit arriver avec circonspection. Une boîte étrange avec une loupiote et un bouton dessus. Et un collier qu’elle doit porter. Il n’est pas si laid que ça. Enfin, pas terrible quand même. Une fois elle a appuyé sur le bouton de la boîte, juste pour voir si ça marchait. Ça marchait.

Pour les plateaux repas, ça a été facile. Il paraît qu’elle doit manger, qu’elle a maigri. Alors on lui apporte les repas tout faits maintenant. C’est un grand type rigolard qui lui amène. Il est gentil, et c’est une occasion de papoter un peu. On parle du temps, et de la circulation, et ça fait du bien. Comme ça, avec rien. Pour ce qui est de la nourriture, au début, Marie a mangé du bout de la fourchette, plus pour rassurer sa fille qu’autre chose. Et aussi, elle s’est dit que ça ne pouvait pas lui faire de mal de se remplumer un petit peu. C’est pas si mauvais d’ailleurs. Elle s’attendait à pire. Bien mieux que les petits beurres et le thon à l’huile.

Depuis quelques temps, elle ressort. Oh, pas toute seule. Agnès l’accompagne. Au début sa fille lui prenait le bras, ça la rassurait, surtout avec sa mauvaise hanche. Si ça n’avait tenu qu’à elle, elle serait sans doute restée dans son fauteuil. Enfin, d’un autre côté il fait beau et le printemps est une jolie saison dans le coin. Progressivement, elle a délaissé le bras de sa fille pour une canne solide. Les premières fois, elle en avait un peu honte, comme si tout le monde la regardait en se disant « regarde comme elle est vieille ». C’est tout de même mieux que de s’appuyer sur quelqu’un. Et puis, elle sait aussi que sa fille a sa propre vie. Elle ne veut pas l’obliger à rester, Agnès doit repartir en Vendée. Plus vite elle sera remise, mieux ce sera. Et depuis le passage à l’hôpital, étrangement, elle se sent plus forte. Faut dire aussi que le médecin lui a fait les gros yeux quand elle lui a dit tous les médicaments qu’elle prenait. Les trois premières nuits sans son médicament du soir n’ont pas été joyeuses. Mais depuis, c’est curieux, elle réalise à quel point elle était embrouillée et fatiguée la journée. Un peu comme un caillou dans sa chaussure que l’on a depuis si longtemps qu’on ne le remarque plus, jusqu’à ce qu’on l’enlève. On retrouve une deuxième jeunesse. Enfin, peut-être pas tant que ça. On se sent mieux, néanmoins.

Bien sûr, Marie est triste de voir repartir sa fille, même si elle a promis de repasser plus souvent. La Vendée c’est pas le bout du monde. C’est à chacun de vivre sa vie, et cela ne veut pas dire que l’on est seul pour autant. D’ailleurs la dame du CLIC lui a fait rencontrer une autre dame qui habite pas loin. Elle aussi marche avec une canne.

Refermons donc l’histoire de Marie. Il faut que nous la laissions, elle doit préparer le café pour son invitée de 14h.

 

 

Semaine thématique avec le soutien de MSD France