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L’académie du bien vieillir vous a proposé pendant la semaine du 10 au 14 avril 2017 une thématique sur les 5 sens. Retrouvez le book numérique dès aujourd'hui!

Anticipation et planification

Auteur : gilles.berrut
Publié le : 22/12/2016

Parmi les fonctions du cerveau, il y a certaines aptitudes que l’on ne perçoit pas forcément lors d’un entretien.

En revanche, en situation de réaliser des tests neuro-psychologiques spécifiques,  on peut mettre en évidence des troubles graves de la planification et l’anticipation alors que rien ne suggérerait de telles difficultés lors d’une conversation.  Ce caractère discret voire insidieux révélé uniquement en situation de tests de laboratoire a longtemps suggéré que ces deux fonctions n’ont pas de retentissement sur la vie quotidienne et qu’il n’y avait pas utilité d’aller les mettre en évidence lors de toute exploration de la mémoire. Mais, en gériatrie, ces difficultés de planification et d’anticipation se sont révélées les principales causes de la difficulté du suivi social et de l’accompagnement des personnes âgées.

Un exemple très simple suffit à en percevoir l’importance. Une personne âgée habite chez elle depuis très longtemps mais présente de plus en plus de chutes dont certaines l’ont laissé au sol toute la nuit, avec les conséquences majeures que l’on sait sur l’autonomie. Nous lui demandons de s’inscrire par précaution en institution non pas pour y entrer mais afin de préparer l’avenir si une chute grave avec séquelles survenait. Tout le monde perçoit le caractère très fréquent de cette situation qu’on pourrait dire, somme toute, banale. Mais contre toute attente la personne refuse toutes les mesures préventives. Elle refuse les inscriptions de précaution, et dit simplement qu’elle veut rester chez elle. De manière un peu superficielle, on pourrait penser qu’elle est tout simplement têtue. Cette personne présente une incapacité à pouvoir se projeter dans l’avenir, à faire une démarche, aujourd’hui, pour éviter la survenue hypothétique d’un risque, plus tard. Nous sommes au cœur des activités de planification et d’anticipation, qui est en quelque sorte le cœur des difficultés de la plupart des personnes âgée.

Que faut-il faire ? Essayer de convaincre ? Inscrire en cachette ? Faire signer des papiers sans expliquer ? Se fâcher et menacer qu’on ne veut plus s’en occuper ? Se mettre à genoux en suppliant de signer tous les papiers d’inscription ? Ne pas écrire puisque la personne refuse, avec la bonne conscience d’avoir répondu ainsi aux exigences éthiques du consentement libre après une information loyale,  mais en laissant la personne subir les conséquences de la non préparation de l’avenir ?

En fait il faut faire comme l’on peut, il faut répéter l’information, poser la question en profitant de moments ou la personne est en situation d’entendre, insister doucement en essayant de montrer les conséquences de ne pas s’inscrire.  Ce n’est pas simple !  Il n’y a pas une bonne attitude universelle qui convienne à toutes les situations. Tout est question de dialogue, d’entendre la même proposition par des personnes différentes, familles et professionnels. Progressivement cette idée s’imposera comme une bonne solution.

Ainsi l’anticipation et la planification sont sûrement les grands ennemis de toute démarche de prévention et de sécurisation. 

Alors, initialement observées au laboratoire, la planification et l’anticipation deviennent tout simplement les grands acteurs de toute l’action sociale en Gérontologie.

 

 

Semaine thématique avec le soutien de MSD France