Dossiers Thématiques

L’académie du bien vieillir vous a proposé pendant la semaine du 10 au 14 avril 2017 une thématique sur les 5 sens. Retrouvez le book numérique dès aujourd'hui!

Cher Père Noël

Auteur : herve.petit
Publié le : 22/12/2016

Ho-ho-ho !

Vous avez été sage ?

C’est bien sûr ? Mouais. Vous auriez pu penser à faire ramoner la cheminée, cela aurait été aimable de votre part. Ce n’est jamais agréable d’être couvert de suie, même si comme moi on a l’habitude. Le problème est qu’à force de nettoyer les âtres du monde entier avec mon beau costume rouge et blanc, je suis si sale en fin de tournée que les enfants s’enfuient en hurlant. C’est très frustrant. Et puis je préfère éviter le procès avec Coca-Cola pour atteinte à l’image de la marque.

Bon, voyons ce que j’ai pour vous dans ma hotte, ho-ho-ho. Vous voulez des joujoux par milliers ? Et puis quoi encore ? On voit bien que c'est pas vous qui les trimballez sur votre dos. Ah, vous rigoliez ? Au temps pour moi, je suis un peu surmené à cette période de l’année, ça me rend soupe au lait. Désolé.

Bon, laissez-moi reprendre votre lettre. Pompompom.... C’est bien celle-ci ? La prochaine fois, écrivez plutôt en Arial ou Calibri 12, et pas en Times New Roman 10, je n’ai pas la vision laser de Superman. Pompompom...

« Cher père Noël. »

C’est moi.

« En cette journée hivernale où derrière la fenêtre la neige... »

...et blablabla...

«... je t’écris.. »

Ah, on se tutoie ? On a gardé les vaches ensemble ? Mais non mais non, moi aussi je rigole.

« ...pour te demander quelque chose de très important. Pas pour moi, mais pour mes enfants, mes petits-enfants, et bien au-delà pour toutes les personnes du monde».

Ah, je vois qu’on n’y va pas avec le dos de la cuillère. Je fais les douze travaux d’Hercule aussi si vous voulez, après tout, je n’ai que ça à faire ! Bon, ça m’intrigue votre truc, et c’est vrai que les bons sentiments c’est toujours payant. Continuons et voyons ce que vous me racontez.

« J’ai parfois l’impression que chaque année est plus difficile que la suivante. Que le monde est plus dur, va plus mal, et qu’il y a toujours davantage de souffrance autour de moi. Je ne sais pas trop ce qui provoque cela. Peut-être est-ce que nous sommes tous trop repliés sur nous-mêmes, à nous protéger de dangers imaginaires. Peut-être est-ce qu’effectivement nous sommes sur la mauvaise pente. Peut-être que ce n’est la faute de personne et que c’est simplement ainsi, et que nous devons endurer en attendant les beaux jours. »

Vous avez pas dû faire un carton en philo au bac, vous. Oui bon, arrêtez de ronchonner, je reprends. Euh, où j’en étais.... blablabla...

«... en attendant les beaux jours. Mais c’est vrai qu’entre la crise, la misère, le terrorisme, la montée apparemment inéluctable de la haine et de la précarité, l’avenir me fait peur. Alors pour ma part, je me tourne vers toi. »

Je ne saurais trop vous en féliciter. C’est toujours agréable d’être reconnu à sa juste valeur, et pas comme un vulgaire livreur d’Amazon.

« Après tout, il me suffit de regarder les yeux émerveillés des enfants découvrant le sapin illuminé pour voir qu’il y a toujours du bonheur et de l’espoir dans ce monde, un bonheur et un espoir auxquels je veux croire. C’est donc cela que je veux te demander pour Noël. Je ne sais pas si cela est possible mais apporte à chacun dans ses souliers une minuscule parcelle de ta magie. Fais que l’on ne regarde plus cette période comme étant celle des vacances, du foie gras, des disputes familiales embrumées de champagne, des cadeaux vite cassés vite oubliés vite revendus. Fais que nous nous rappelions ce qu’est l’esprit de Noël sans le traiter avec cet affreux cynisme qui détruit tout, ou en téléfilm d’après-midi de décembre, bon enfant mais terriblement niais. Fais que nous réalisions, au moins un tout petit peu, que nous ne sommes pas séparés les uns des autres, qu’autrui n’est pas mon ennemi et que l’amour n’est pas un sentiment faible, mais le sentiment des forts. Et s’il s’avérait que pour nous, adultes, ce fût trop tard, fais qu’en chaque enfant grandisse cette minuscule parcelle de toi et que d’une goutte, ajoutée à une goutte, elles deviennent fleuves, mers et océans d’amour.

Et puis j’aimerais bien aussi une tablette tactile si tu en as une en trop.

Bisoubisous. »

Euhhhh..... Une seconde, je prends mon mouchoir. Non non, je ne pleure pas, j’ai juste une poussière dans l’œil, et je suis allergique. Et puis, ô bon, sang, je suis en retard. Alors je vous donne déjà la tablette tactile, c’est le plus facile. Voilà, amusez-vous bien. Et pour le reste, je ferai de mon mieux. Pendant les jours qui viennent, sans doute verrez-vous déjà des effets de mon passage. Cela sera subtil, et difficile à voir au début. Un sourire croisé dans la rue. Un rire spontané. Un enfant sautant à pieds joints dans une flaque, une carte de l’unicef portant quelques mots sincères, un coup de fil inattendu, un reportage sur une belle initiative solidaire quelque part dans le monde... Ce sera subtil mais vous les verrez. Je vous le promets. Car l’amour ne disparaît jamais du monde. Il est toujours là, partout, et toujours prêt à être vu et redécouvert.

Et sur ce, joyeux Noël.

Ho-ho-ho !

 

Hervé Petit

Psychosociologue, psychogérontologue et Père Noël en formation