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L’académie du bien vieillir vous a proposé pendant la semaine du 10 au 14 avril 2017 une thématique sur les 5 sens. Retrouvez le book numérique dès aujourd'hui!

Dis mamie, comment on fait les bébés?

Auteur : herve.petit
Publié le : 02/11/2016

Il est étonnant de constater comme la sexualité des séniors est encore aujourd’hui un sujet tabou.

Il faut dire aussi qu’indépendamment du tabou de la sexualité en elle-même, la sexualité des séniors se heurte à trois autres écueils qui conduisent notre Société à faire comme si elle n’existait pas.
Le premier est l’interdit constitutif de notre évolution psychique dont est frappée la sexualité de nos parents. Quel que soit notre âge, imaginer nos parents faisant l’amour fait courir un long frisson glacé le long de notre échine, brrrr, rien qu’à l’écrire j’en tremble. La sexualité des séniors réactive cet interdit et nous incite donc à nier son existence par confort psychique.
Le second problème est lié à notre culture judéo-chrétienne. Selon celle-ci, quand l’âge avance à grands pas il est attendu de l’individu qu’il se détourne de sa vulgaire enveloppe charnelle pour orienter son regard vers son créateur. Des pulsions sexuelles explicitement manifestées tendent alors à faire détoner ce tableau.
Le troisième problème est spécifiquement féminin puisque notre Société assimile depuis des siècles féminité et fertilité. Ainsi est-il injustement prétendu que l’on serait « de moins en moins femme » après la ménopause. Et oui, quand on dit « France, pays latin »...
Ce qui est ennuyeux dans tout cela c’est n’est pas l’existence de ces éléments culturels. Ce qui est ennuyeux est que nous avons tendance à y adhérer et à nous y conformer comme s’il y avait déterminisme biologique.
Comment le sait-on ? Dans le fait que les réponses aux enquêtes sur la sexualité diffèrent considérablement entre les couples âgés et les personnes âgées seules. Ainsi nombre des couples au-dessus de 70 ans confient-ils avoir une sexualité épanouissante. Les personnes seules pour leur part expriment davantage n’avoir plus d’envies depuis longtemps, parce que « c’est comme ça quand on vieillit », et puis sinon cela ne « serait pas convenable à mon âge ».
C’est vraiment triste. Et en plus extrêmement puissant. Preuve en est que cela impacte même notre manière de ressentir les choses. En effet, avec l’avancée en âge, nous avons tendance à moins rechercher les émotions positives intenses. Etre foufou, faire l’andouille, rire et chanter à tue-tête, ce sont des « trucs de jeunes », mais à 80 ans, décidément non, « cela ne se fait pas ».
Heureusement, les choses commencent à changer. Tout simplement parce que la première génération du baby-boom attaque les 70 ans et qu’elle est très différente des générations précédentes. Sans doute va-t-elle changer notre image de la « personne âgée » et desserrer un certain nombre de carcans culturels. En tout cas cela ne coûte rien de l’espérer.
Car après tout, il n’y a pas d’âge pour être authentiquement soi-même, foufou ou pas.
 
Hervé Petit
Psychosociologue et psychogérontologue