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J'ai 65 ans, faut-il me faire vacciner contre la grippe ?

Auteur : benoit.dewazières
Publié le : 07/06/2016

La grippe est un événement de vie potentiellement grave. La plupart des patients âgés présentant une grippe décède des complications de cette affection.

L'hyperthermie entraîne anorexie, déshydratation, phlébite, grabatisation… La muqueuse respiratoire est profondément altérée avec une destruction de l'épithélium ciliaire faisant le lit de la surinfection par le pneumocoque, voire d'autres germes plus invasifs comme le staphylocoque. La surmortalité observée ne s'établit pas sur quelques semaines mais sur de nombreux mois particulièrement après une pneumonie. Cette mortalité, de fait attribuable à la grippe, n'est pas prise en compte dans les calculs épidémiologiques de gravité de la maladie.

Par ailleurs de nombreux patients âgés sont des insuffisants respiratoires qui s'ignorent. Tous les acteurs de la santé publique pointent le déficit de diagnostic de la BPCO (Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive). Ces patients sont particulièrement vulnérables, la grippe entraînant des décompensations et le décès. Ainsi les BPCO sont encore mal vaccinées car non dépistées.

Le bulletin d'étude épidémiologique d'octobre 2015 nous rappelle que la grippe est l'infection épidémique qui, tous les ans, tue le plus de personnes en France.

L'épidémie de l'hiver dernier a été particulièrement sévère avec une surmortalité estimée à 18 000 personnes dont probablement une très grande part est liée à la grippe. Il est toujours très difficile d'affirmer la part qui revient au virus grippal, néanmoins le vécu quotidien des gériatres dans leurs unités cet hiver ne leur laisse aucun doute sur l'importance de la circulation du virus dans cette surmortalité. Nous avons observé de nombreuses épidémies en institution alors que ces patients sont bien vaccinés contrairement aux personnes à domicile où leur nombre est en baisse constante depuis 2009. Malheureusement cette année, suite à une mutation du virus, le vaccin a perdu de son efficacité pour la majorité des virus circulant (H3N2). La surmortalité observée conforte le rôle protecteur du vaccin observé les autres années au cours desquelles il n'est pas observé de variations génomiques.

La vaccination antigrippale a une efficacité modérée chez la personne âgée. Il serait en effet beaucoup plus rentable de vacciner les enfants qui sont les responsables de la diffusion épidémique. Plus nous avançons en âge, moins le vaccin est efficace : cela plaide en faveur d'une vaccination des soignants et de l'entourage de nos patients âgés fragiles et polypathologiques.

Dans le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique sur l'intérêt de la vaccination des personnes âgées, une étude diligentée par la Direction Générale de la Santé a analysé l'impact de la vaccination en France. Ce travail confirme que, même avec une efficacité modérée (36 %), l’impact de la vaccination est conséquent dans cette tranche d’âge avec plus de 2 000 décès liés à la grippe évités pour des couvertures vaccinales similaires à celles observées actuellement (entre 50 et 55 %).

Cette efficacité cependant incomplète, souligne la nécessité de mettre au point de nouveaux vaccins capables de surmonter le phénomène d’immunosénescence, avec des cibles différentes des vaccins inactivés actuels tous dirigés contre l’hémagglutinine des virus influenzae.

Les arguments pour se vacciner sont donc nombreux. La tolérance  de la vaccination est bonne avec un recul sur de nombreuses années avec des millions de doses délivrées.  Les vaccins disponibles cette année en France sont faiblement dosés, ne contiennent pas d'adjuvant, les méthodes de fabrication ont quasiment fait disparaître la problématique de l'allergie à l'œuf. Les modalités de distribution en France facilitent beaucoup la démarche vaccinale avec un bon envoyé à toutes les personnes de plus 65 ans, la possibilité pour les infirmières de vacciner, gratuité totale pour ces personnes, etc.

L'Organisation Mondiale de la Santé a fixé un objectif de 75 % de patients vaccinés de façon à protéger la population par un effet de groupe. Malheureusement, la crainte des effets indésirables, la perception d’un bon état de santé, la méfiance vis-à-vis de l’efficacité de la vaccination contre la grippe sont des facteurs bien connus de réticences à la vaccination. Nous observons une baisse constante du nombre de personnes vaccinées depuis 2009. Il n'y a donc plus d'immunité de groupe et la circulation virale en cas d'épidémie est très intense.

Cette vaccination peu onéreuse, dont la délivrance est facilitée avec une tolérance parfaite et dont l'efficacité est reconnue devrait être largement prescrite et dispensée dans les populations fragiles et polypathologiques quel que soit leur âge, conformément aux recommandations du Comité Technique des Vaccinations. Se vacciner, c'est se protéger mais également protéger les autres, son entourage, ses enfants, ses grands-parents … Les soignants ne doivent donc pas oublier qu'ils doivent également être vaccinés.

 

Professeur Benoît de Wazières (PU-PH au CHU de Nîmes)