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L’académie du bien vieillir vous a proposé pendant la semaine du 10 au 14 avril 2017 une thématique sur les 5 sens. Retrouvez le book numérique dès aujourd'hui!

Nouvelles technologies: engagez-vous!

Auteur : herve.petit
Publié le : 16/11/2016

Chers lecteurs et lectrices d’Aloha,

Pas plus tard qu’hier, je participais à une table ronde relative aux nouvelles technologies pour l’autonomie et la mobilité des personnes âgées.

Non que je sois un fervent technophile moi-même. Pour tout vous dire, dès que j’ai un problème avec mon PC, j’appelle ma belle-mère à l’aide. Cela me permet néanmoins de conserver une position de béotien total quand on me présente telle ou telle solution technologique et m’évite ainsi de me pâmer d’admiration devant le premier gadget qui passe.

Pour être plus explicite, ma position habituelle se résume à peu de choses près aux pensées m’étant venues hier, pensées que je vous livre ci-après, mon image de professionnel inoxydable dût-elle en souffrir :

- Waw, je connaissais pas, c’est vachement chouette ce machin.

- Je me débrouillerai bien sans ça.

- C’est moche / on doit avoir l’air d’un parfait imbécile avec ce truc.

- Je n’ai mis que deux euros dans l’horodateur, je suis bon pour un PV.

- Je n’aurai jamais les moyens / ma mutuelle ne prendra pas en charge.

- Bof / ah bon / ça me fait une belle jambe / je m’en fiche / mouais.

- Est-ce réellement utile ?

- Je n’ai ab-so-lu-ment rien pigé !

- C’est super !... pour les autres / je m’en occuperai plus tard / je suis trop jeune / cela ne me concerne pas.

-  Est-ce qu’on n’essaierait pas de vendre n’importe quoi sous prétexte que c’est nouveau et high-tech ?

- Oups mon ventre gargouille, je n’aurai pas dû prendre un deuxième café. Je vais faire couiner mon fauteuil l’air de rien en espérant que cela couvre le bruit.

- Note pour plus tard : potasser un peu les nouvelles technologies et  voir si je peux être utile ici ou là.

Si je vous ai transcrit tout ceci, ce n’est pas pour partager mes états d’âme. Ils sont, somme toute, aussi intéressants pour vous qu’un best of du tirage du loto. Et puis je force un peu le trait. La vérité c’est que j’ai trouvé cet après-midi fort intéressant. Les innovations sont légions et que j’y ai donc appris plein de choses. Mieux encore, nombre me sont apparues réellement pertinentes et de grande valeur ajoutée pour le maintien de l’autonomie au cours de l’avancée en âge. Et ça, passez-moi l’expression, ce n’est pas de la gnognotte.

D’un autre côté, j’ai aussi eu l’impression – peut-être à tort -  que la filière reposait beaucoup sur une démarche techno push. C’est-à-dire que des ingénieurs partent d’une technologie qu’ils maîtrisent et recherchent des applications et débouchés, en l’occurrence ici dans le domaine gérontologique. Cette approche a de nombreux avantages dont son dynamisme économique, l’utilisation d’outils de pointes dans l’élaboration d’appareils potentiellement bien conçus, et parfois même au meilleur coût.  D’un autre côté, elle présente le risque de chercher à résoudre des problèmes non prioritaires pour les utilisateurs ou à le faire au moyen d’un outil incompatible avec les situations réellement vécues ou les objectifs réellement poursuivis par ceux-ci.  « C’est pas pratique votre truc », « je préfère comme je faisais avant », « j’y comprends rien », « j’en ai pas tellement besoin »...

Elle se différencie de l’approche dite social pull où l’on part plutôt de l’observation des besoins de l’utilisateur agissant en contexte réel. On évite théoriquement de concevoir quelque chose d’inutile ou d’inadapté, mais ce n’est pas la panacée non plus. En effet, le risque est alors d’utiliser des technologies obsolètes ou économiquement non viables. « c’est trop cher », « c’est trop lourd », « c’est pas beau », « c’est pas aussi bien que je le pensais »...

Ces deux approches ne s’opposent pas l’une à l’autre. Elles peuvent en effet s’épouser dans des méthodes dites de co-construction. L’idée est de procéder à de fréquents et rapides allers-retours entre les utilisateurs finaux et les ingénieurs pour progressivement arriver à un produit techniquement abouti, économiquement viable et pertinent en regard du besoin, du contexte et des objectifs des clients et usagers potentiels.

Et c’est là que vous entrez en scène, chers lecteurs et lectrices.

En effet, vous êtes les plus – voire les seuls - compétents pour expliquer aux ingénieurs ce dont vous avez besoin, ce que vous voulez, ce que vous ne voulez pas, ce qui est moche/trop lourd/pas pratique dans leurs idées. Vous seul pouvez aussi, le cas échéant, leur ouvrir les portes de votre domicile afin de leur montrer ce que vous faites réellement et là où ça coince. Cette possibilité existe déjà ici ou là et se développe doucement. Nous avons besoin de garde-fous, de règles et d’instances officielles pour que l’on puisse accueillir les bonnes volontés dans des conditions optimales au niveau sécurité et éthique. On ne fait pas n’importe quoi, que Diable ! Mais si cela vous intéresse, sachez que votre avis nous intéresse aussi.

Je vous invite donc vivement à venir discuter avec les ingénieurs et responsables de programmes, comme lors de la manifestation d’hier par exemple. Ainsi, six retraités étaient dans la salle. Cela paraît peu mais il faut dire que le programme ciblait plutôt les  professionnels. Néanmoins j’espère que la prochaine fois vous serez dix, vingt, cent ! Venez nous aider, venez nous dire ce que vous pensez de ci ou de ça.

Ce n’est pas que votre avis compte, c’est qu’il est capital.

 

Hervé Petit

Psychosociologue et psychogérontologue