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Pourquoi j'irai(s) faire du bénévolat

Auteur : herve.petit
Publié le : 14/03/2017

Disons-le tout de suite :

  • Faire du bénévolat améliore-t-il la satisfaction de vie ainsi que la santé physique et mentale à la retraite ? Oui.
  • Faut-il faire du bénévolat ? Pas nécessairement.

Sans être spécialiste du bénévolat ni m’être lancé dans un examen minutieux de la littérature scientifique sur la question les choses m’ont l’air plutôt entendues. Avoir une activité bénévole à la retraite réduirait le taux de mortalité, améliorerait les capacités physiques, ferait que l’on se sent plus en forme, réduirait les symptômes dépressifs, améliorerait la satisfaction de vie. Les mécanismes en eux-mêmes ne sont pas toujours clairs : amélioration du lien social, sentiment d’utilité, intégration de nouveaux rôles sociaux, engagement dans des activités signifiantes, stimulation physique et cognitive, intégration sociétale… Après tout me direz-vous, peu importe si ça marche, même si certains auteurs pointent à raison que l’on a du mal à distinguer si le bénévolat améliore la santé ou si ce sont les gens en forme qui font du bénévolat.

Mais alors pourquoi ai-je répondu « pas nécessairement » à la question « faut-il faire du bénévolat ? ».

Pour deux raisons.

Tout d’abord il faut avoir le choix de s’y engager ou non. Or, tout le monde ne peut pas avoir d’activité bénévole. Encore faut-il en avoir les moyens physiques, les moyens financiers et matériels parfois. Cela est tributaire également de la situation sociale, notamment en cas de fortes sollicitations informelles (aidants familiaux et de proximité). C’est évident, je sais, mais encore fait-il le rappeler.

Ensuite, loin de moi l’idée de vous dissuader d’investir vos compétences et votre temps dans une activité bénévole si le cœur vous en dit et si cela apporte des bienfaits tant à la communauté qu’à vous-même. Mais dans « faut-il faire du bénévolat », ce qui me pose problème c’est le « faut-il ». En d’autres mots, c’est l’utilisation d’un discours scientifiquement fondé pour poser un jugement de valeur et culpabiliser les séniors qui ne font pas de bénévolat.

D’où ce jugement vient-il ? D’un phénomène social connu, endémique, et très ennuyeux, qui est celui du bouc émissaire. A chaque époque, la Société se choisit un groupe social pour tenir ce rôle peu enviable, et le désigne ainsi comme la cause de tous les problèmes présents. Comment cela se manifeste-t-il ? Dans le contexte actuel, les séniors sont désignés coupables de la crise économique. Les jeunes générations sont au chômage, on ne sait pas comment financer la perte d’autonomie et les actifs se paupérisent pour payer d’énormes pensions retraite à des générations privilégiées partant en vacances aux Baléares avec l’argent de la caisse. Bref, on reproche aux séniors d’être trop nombreux, trop égoïstes et de coûter trop cher. Soyons clair, ceci n’a rien à voir avec la réalité, c’est le discours bas de plafond qui procède de la stigmatisation d’un groupe social. Sachez cependant qu’on ne retrouve pas ce discours qu’au bar du coin, mais également sous la plume d’auteurs prétendument instruits et informés.

Comme vous le notez, ce discours est très culpabilisant. En conséquence incite-t-il fortement les séniors à donner gratuitement de leur temps « en contrepartie » juste pour tenter de se soustraire à un jugement négatif de type « mauvais sénior égoïste ». Voici qui n’est pas très motivant. Et problématique : n’oubliez pas qu’un bon bénévole est un bénévole heureux.

Aussi « faut-il faire du bénévolat » ? A vous de voir. Si a priori cela ne vous tente pas, et bien je vous comprends parfaitement, n’en faisant pas moi-même. Je reconnais néanmoins volontiers qu’il est toujours dommage de rater l’occasion de se faire du bien au corps et à l’âme sur un a priori. Après tout, sait-on jamais ? J’imagine que cela ne nous engage à pas grand-chose d’aller voir un de ces jours tout comme nous nous croiseront peut-être à l’occasion dans une association quelconque, allez savoir. Et si c’est un « non » définitif, après tout c’est votre vie à vous. Etre bénévole n’est pas une condition sine qua non à un vieillissement heureux et harmonieux, et bénévole ou pas, vous n’en serez pas moins quelqu’un de bien. Peu importe ce qu’en dit votre beau-frère, peu importe ce qu’en pense la voisine.

 

Hervé Petit

Psychosociologue et psychogérontologue