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L’académie du bien vieillir vous a proposé pendant la semaine du 10 au 14 avril 2017 une thématique sur les 5 sens. Retrouvez le book numérique dès aujourd'hui!

Etre dépendant ?

Auteur : Gille berrut
Publié le : 05/02/2016

Ne le sommes-nous pas tous à notre manière ? Quelqu’un de totalement indépendant, serait à l’évidence bien seul. 

La solidarité n’est-elle pas la marque positive de la dépendance qui marque l’attention à l’autre dont nous avons tous besoin que ce soit pour l’exprimer pour autrui que parfois de nous en sentir bénéficiaire à notre tour. Peut-on se sentir totalement indépendant de ceux que l’on aime ? Que voudrait dire une solidarité effective si elle n’était pas associée à une dépendance par le fait même de désirer être présent. Comment faire un groupe ou même communauté nationale si il n’y a aucune dépendance des uns et des autres.  Cette dépendance n’est-elle pas la marque, la manière, ou le truchement par lequel notre humanité s’exprime dans ce qu’elle a de plus fécond ? Au-delà des fantasmes d’autosuffisance, avatars orgueilleux de notre sentiment de toute puissance infantile, diraient les psychanalystes, la dépendance est essentielle à notre croissance comme être social. Ce n’est pas la dépendance en soi qu’il faut craindre ou éviter c’est la dépendance qui humilie. Or si la dépendance augmente le risque que l’on soit de manière transitoire ou permanente en situation de perte de dignité, c’est le regard de l’autre, l’attitude, les gestes qui induisent le sentiment d’indignité. Est-ce affaire d’engagement personnel uniquement ? Longtemps il était admis que le changement de chacun pouvait conduire à un changement sociétal. Mais à vrai dire, si une prise de conscience personnelle reste un élément important, il ne peut suffire à résumer une démarche collective. C’est pourquoi à côté d’un appareil législatif qui donne place à celui en situation de vulnérabilité, d’une solidarité collective qui donne les moyens d’une vie digne, il faut une démarche volontariste de formation, d’enseignement, d’éducation qui s’adressent aussi bien aux professionnels, qu’à tous citoyens proches d’une personne dépendante. Que ce soit à l’issue des travaux du plan Alzheimer 2008-2012, du débat sur la dépendance et de nombreux groupes d’expert, le maître mot reste la FORMATION. Il ne s’agit pas uniquement des formations qui donnent des qualifications et des métiers, même si elles sont prioritaires, mais également de l’apprentissage pour tous d’une manière d’être présent à une personne dépendante. Un peu comme un apprentissage nouveau à la citoyenneté. Une sorte de permis de conduire ou de « permis de se conduire » avec une personne âgée. Ainsi pourrait-on changer le regard et ne pas stigmatiser la dépendance par l’humiliation qui est comme l’ombre qui recouvre la condition de la personne en situation de dépendance de son ténébreux contour.