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Une immunosénescence et deux vieillissements

Auteur : gilles.berrut
Publié le : 29/10/2015
Le vieillissement, un facteur de déclin des défenses immunitaires

Le terme immunosenescence (IS) vise à décrire les modifications des défenses de l’organisme observées au-delà de la maturité, et attribuées en tout ou partie à l’effet du temps et à la survenue de pathologies chroniques. Le vieillissement est apparu depuis longtemps comme un facteur d’altération des capacités de défense de l’organisme. Mais il faut distinguer son effet sur l’immunité innée et sur l’immunité adaptative.

L’immunité innée est la première ligne de défense contre les agents infectieux et pathogènes. Elle est initiée immédiatement, sans production préalable de substances spécifiques. Cette immunité est représentée par des cellules qui agissent directement sur un élément considéré comme étranger par phagocytose  (polynucléaires neutrophiles) ou par toxicité directe (lymphocytes tueurs ou « killers », lymphocytes NK et macrophages), par la réaction inflammatoire non spécifique (vasodilatation, œdème locale) et par la diapédèse (traversée des membranes par des cellules). L’ensemble de ces mécanismes permet aux cellules de défense de pénétrer les tissus en traversant la barrière endothéliale. Cette immunité en quelque sorte automatique sans intervention particulière est peu affectée par le vieillissement.

 

L’immunité spécifique est composée de cellules qui prennent une partie de l’élément étranger pour fabriquer des anticorps (cellules présentatrices d’antigènes), d’une immunité humorale qui visent à la fabrication d’anticorps spécifiques pour tuer l’élément étranger en épargnant la personne hôte et d’une immunité cellulaire pour laquelle des cellules tueuses agissent avec spécificité également. La partie spécifique de l’étranger (l’antigène) est présentée à une cellule qui va entraîner la production « industrielle » d’anticorps et mobiliser les cellules tueuses. L’immunité humorale, c’est-à-dire liée à la production d’anticorps, est peu diminuée par le vieillissement. Il existe un retard de production et une moindre production globale mais ceci n’a que peu de retentissement sur la possibilité de se défendre contre les infections. En revanche, l’immunité adaptative liée aux cellules (immunité cellulaire) est impactée. Outre une production moindre et une maturation altérée, les modifications s’observent sur les types de cellules, en particulier certains lymphocytes dit « T » matures qui sont remplacés par des lymphocytes T immatures moins efficaces. De même des lymphocytes chargés de faire la police (appelés cytotoxiques) évoluent progressivement, si l’on peut l’exprimer ainsi,  vers une complaisance coupable et tolèrent par habitude, lassitude, que sais-je, de plus en plus d’éléments étrangers, voire se trompent et attaquent des éléments non étrangers entraînant des réaction aberrantes dans certains circonstances.

 

Ainsi, le vieillissement de la fonction de défense de l’organisme n’est pas un simple déclin comme l’on peut parfois considérer à tort l’effet du temps, mais correspond à une adaptation à la vie qui, au fil des agressions immunitaires, valorisent certains mécanismes alors que d’autres voient leur régulation devenir moins adaptée à la pression de l’environnement. 


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Immunité