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Qu’est-ce que l’automédication?

Auteur : gilles.berrut
Publié le : 27/06/2016
Se soigner seul: l'automédication

Il s’agit de la prise d’un médicament par une personne qui l’a décidé sans qu’il n'y ait eu d’ordonnance qui le lui prescrive.

Dans le cadre de l’activité médicale habituelle, un médicament ne peut être administré que sur prescription médicale au moyen d’une ordonnance. Tout personnel para médical qui administre un médicament à un patient ne peut le faire que si celui-ci est inscrit sur une ordonnance médicale. De plus cette administration doit être réalisée dans le strict respect des produits, formes, doses et rythmes qui ont été inscrits sur l’ordonnance. L’ensemble de ces conditions est dénommé l’observance. Tout manque de respect à ces indications est considéré comme une faute dans la pratique de soins. 

Le patient, quant à lui, est toujours libre de prendre ou non les médicaments prescrits. D’un côté, lorsque l’on désire guérir d’une maladie ou tout au moins d’être soulagé des symptômes, l’observance est bonne. Mais lorsque qu’il s’agit de la prévention d’une maladie que l’on ne ressent pas, ou lorsqu’une pathologie chronique nous impose des traitements gênants de manière prolongée, il existe des relâchements de l’observance. C’est tout l’intérêt du suivi du patient dans une relation patient-médical de proximité, indispensable à une bonne conduite du traitement au long cours.

 

Parfois le médicament est pris par le patient de sa propre initiative. Ceci s’appelle l’automédication. Dans le langage médical et dans le monde du soin en général, l’automédication est considérée comme un risque que prend le patient par ignorance. De plus, il existe une sorte de culpabilité du patient à prendre un médicament sans en référer à son médecin traitant. C’est ainsi que ces automédications sont rarement rapportées par le patient lors des consultations. L’automédication se trouve ainsi reléguée dans la sphère de comportement interdit, non avouable, voire de comportement de rébellion contre l’ordre médical établi, si l’on ose dire, en forçant le trait.

 

Mais plusieurs éléments viennent modifier la question. Ainsi, le niveau d’éducation et d’information est sans commune mesure avec ce qu’il était dans les années cinquante, au moment où les règles administratives, juridiques et économiques de la prescription médicale ont été initiés dans les lois et règlements. La fréquence de recours au médecin, la forte utilisation de médicaments symptomatiques dans la vie quotidienne, l’esprit d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs intermédiaires, ont en quelque sorte « désacralisés » la relation médecin-patient, et lorsqu’un traitement symptomatique d’un problème bénin a été efficace, tout patient a tendance à s’en procurer pour le prendre de nouveau sans être obliger de repasser par une consultation médicale. L’automédication, avouée ou non, est ainsi devenu une pratique courante, répandue et régulière. Les circuits commerciaux de ventes de médicaments se sont également adaptés, voire ont favorisé ces comportements, en mettant à disposition des patients, de plus en plus de médicaments en vente libre.

 

C’est ainsi qu’est apparue la notion d’automédication responsable, qui consiste à soigner une maladie à l’aide de médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficaces dans le strict respect des conditions d’utilisation et avec le conseil du pharmacien. Ce courant est apparu aux Etats-Unis sous le terme de Selfcare. Il fait l’objet d’éducation par internet, d’articles, voire de revues en ligne qui permettent aux patients d’acquérir des compétences dans le maniement des médicaments. En France où la prescription de médicaments conditionne leur remboursement, et où la hiérarchie des savoirs et la structure administrative du système de santé est fortement encadrée, cette tendance reste minoritaire et hésitante que ce soit de la part des patients que des professionnels. Mais nul besoin d’être devin pour comprendre que l’arrivée des nouvelles technologies et ses possibilités d’information et de formation, la démographie médicale déclinante, vont favoriser rapidement cette tendance. La santé des patients imposera que le médecin ne soit alors celui qui interdit ou culpabilise, mais celui qui accompagner et éduque pour une meilleure santé. Le médecin deviendra pédagogue, accompagnateur, confident des hésitations et moins l’expert qui par son savoir impose une conduite.

Que de chemin à parcourir, mais quel beau projet pour chacun de nous !